JForum – Yom Hashoah : Gros plan sur les derniers survivants – 23 abril 2017

Yom Hashoah : Gros plan sur les derniers survivants©

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Gros plan sur les derniers survivants

Yom HaShoah 2017 (Israël). De la soirée du: dimanche 23 avril À la soirée du: lundi 24 avril

France : Sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

 

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Mémorial de la Shoah / Pierre-Emmanuel Weck

 

Mémorial de la Shoah / Pierre-Emmanuel Weck

LECTURE DES NOMS DES DÉPORTÉS JUIFS DE FRANCE
Du dimanche 23 avril à 17h jusqu’au lundi 24 avril à 17h30 au Mémorial de la Shoah

Cérémonie officielle
À 17h le dimanche 23 avril 2017

Six bougies du Souvenir seront allumées par d’anciens déportés et des enfants, un symbole de la transmission de la mémoire des 6 millions de morts de la Shoah. S’en suivra le témoignage de Ginette Kolinka, ancienne déportée.

Lecture des noms
À partir de 18h le dimanche 23 avril

À la fin de la cérémonie officielle, la lecture des noms se poursuivra de jour comme de nuit jusqu’au lendemain soir vers 17h.

À l’occasion de Yom HaShoah, date retenue par l’État d’Israël pour la commémoration en mémoire des victimes de la Shoah et des héros de la Résistance juive pendant la Seconde Guerre mondiale, se déroule une lecture publique ininterrompue de 24 heures, de jour comme de nuit. Des 76 000 noms inscrits sur le Mur des Noms, seront prononcés, un à un, les noms des personnes déportées de France par les convois n° 32 [dont les grands-parents du traducteur du texte qui accompagne cet article] au n° 70. Quelque 200 personnes, anciens déportés, parents, bénévoles, enfants… liront à tour de rôle, à partir des listes issues du Livre Mémorial de la Déportation de Serge Klarsfeld, (éd. Association des FFDJF), les noms de « ceux dont il ne reste que le nom » (Simone Veil).

 

Alors que la Journée du Souvenir de la Shoah, une question fondamentale qu’on pose fréquemment consiste à savoir à quel point la mémoire du génocide restera pertinente pour cette société quand presque tous les témoins vivants – de nos jours principalement des enfants (cachés) survivants – seront décédés? Elie Wiesel disait que, comme la deuxième génération écoute les témoignages de ses aînés, elle devient elle-même témoin[1]. Cela soulève une autre question : les souvenirs des enfants survivants sont-ils le fruit de véritables expériences qu’ils ont vécues ou des faits dont ils ont entendu parler?

La question de la validité des témoignages sur la Shoah devient plus aiguë, alors que l’utilisation du nom « Hitler » ou « Nazi » a sombré dans le parler commun. De telles insultes proférées pour attirer l’attention sont, actuellement, répandues et sont même employées par des dirigeants d’envergure nationale. Trois Présidents mexicains, y compris l’actuel,  Enrique Pena Nieto, viennent de comparer Trump à Hitler[2].

Au niveau des Etats, le Président turc Recip Tayyip Erdogan est le premier producteur d’insultes de ce genre. Il a affirmé ne pas savoir si Israël ou Hitler est le plus barbare des deux[3]. Erdogan a aussi traité les Pays-Bas de vestige des Nazis[4]. Son emploi à haute dose d’une telle fausse équivalence morale est tellement fréquent que l’Atlantic a consacré un article entier aux déclarations d’Erdogan dans cette veine[5].

Pourtant, quand on évoque tous les aspects de ce qu’on, peut appeler « la question des survivants », d’autres interrogations surgissent et doivent être posées en complément de la précédente. Par exemple, quelle information pertinente les survivants peuvent-ils encore apporter et dans quels domaines?

La réponse à cette question intègre les souvenirs de l’accueil que les survivants ont reçu en revenant vers les sociétés qu’ils avaient fui ou dont ils ont été déportés. Beaucoup a déjà été dit sur les événements les plus négatifs, parfois jusqu’à l’extrême : le plus connu pourrait bien être le porgrom de Kielce en 1946, en Pologne, où des soldats et agents de police  polonais ont massacré 42 Juifs et blessé 40 d’entre eux[6]. Il y a eu pire, beaucoup avec des effets très négatifs, mais aussi un nombre substantiel d’expériences positives.

Un autre thème important concerne les migrations d’après-guerre. Les questions essentielles pour les survivants comprenaient celle ce savoir s’il fallait revenir là où ils avaient vécu avant les persécutions ou s’il valait mieux tenter de refaire une vie ailleurs. L’aide de quelques rabbins de l’armée américaine et d’autres personnes qui ont participé à l’émigration illégale vers la Palestine mandataire est un aspect intéressant des migration d’après-guerre sur lequel on doit encore révéler pas mal de détails inédits.

Une autre question de prime importance concernant les survivants, c’est le rétablissement de communautés juives et de diverses organisations dans les pays anciennement occupés. C’est souvent une affaire qui requiert une endurance incroyable. Une partie de ma recherche s’est focalisée sur un domaine restreint, en particulier, la refondation des mouvements de jeunesse juive après-guerre aux Pays-Bas. En rappelant leur histoire, on obtient un point de vue sur la résilience des jeunes adolescents ressortant des lieux où ils se cachaient, voire même ceux qui revenaient des Camps. En outre, le rôle joué, dans les premiers mois d’après-guerre, par les soldats de la Brigade Juive est tout-à-fait mémorable. La première circoncision d’après-guerre aux Pays-Bas a été réalisée par un Rabbin américain.[7]. On dispose aussi de nombreux documents expliquant comment, dans certaines villes françaises, des Rabbins de l’armée américaine ont contribué au rétablissement des communautés locales[8].

Les efforts produits par les survivants afin de récupérer leurs biens spoliés correspond à un autre sujet d’importance pour exprimer les trop nombreuses expériences personnelles qu’on doit rappeler. Jusqu’à un certain point, on a procédé à des compensations financières pour les souffrances infligées au cours de la guerre. Les compensations allemandes ont joué un rôle de premier plan, mais il y a bien d’autres cas de restitution. En 2014, les chemins de Fer français (SNCF) ont accordé le versement de 60 millions de dollars aux survivants transportés vers les camps de concentration et d’extermination allemands[9]. Plus de soixante-dix ans après la guerre, la question des restitutions n’a même encore été soldée, principalement en Europe de l’Est.

On a même suggéré que les épreuves vécues par les enfants cachés naviguant entre leurs parents adoptifs et leurs parents véritables, après-guerre, peuvent être considérées comme précurseuses d’autres expériences vécues au sein de la société contemporaine[10]. Les relations complexes des enfants dont les parents ont divorcé et avec leurs beaux-parents sont devenues le lot commun quotidien de beaucoup.

La façon dont les survivants de la Shoah ont fait face aux épreuves traversées durant la Shoah peut aussi servir de tutoriaux pour ceux qui ont survécu à d’autres génocides. Une rencontre avec des survivants des massacres au Rwanda, il y a vingt ans, demeure inoubliable. Il se trouvaient alors aux prises avec de nombreuses questions auxquelles les survivants de la Shoah sont rompus. Certaines réalités vécues par les survivants du Rwanda sont même pires : ils vivent dans des cantons juste à côté des meurtriers de leurs familles.

Une série d’autres questions très différentes concerne les aspects médicaux, psychologiques et sociaux. Certaines maladies apparaissent plus fréquemment parmi les survivants de la Shoah que parmi d’autres groupes humains. On sait maintenant qu’ils ont une plus grande probabilité d’attraper de l’ostéoporose, des problèmes dentaires, des troubles de la vision et des problèmes cardiaques dus à une malnutrition prolongée au cours de l’enfance et de leur jeune âge adulte[11].

Il y a un besoin de mener des recherches approfondies sur la transmission des traumatismes des survivants de la Shoah aux générations suivantes[12]. Dans le champ de l’épigénétique, on prétend que certains enfants de survivants présentent des changements chromosomiques marqués qui seraient les conséquences des épreuves et traumatismes de leurs parents[13]. Cette question de transmission épigénétique demeure nécessairement controversée.

Il y a beaucoup d’autres projets de recherche potentiels, évidemment. L’un concerne la contribution des survivants à leur société d’après-guerre. Un autre  devrait traiter de l’histoire et du rôle des organisations qui ont assisté les survivants. En terme de débats universitaires pour savoir ce qui a le plus d’effets déterminants sur la vie d’une personne, la nature ou l’éducation, à savoir la génétique ou les expériences de vie, l’éducation est, de façon courante, apparu comme le facteur prédominant chez les survivants de la Shoah.

Tout ce qui précède et bien d’autres questions encore indiquent qu’une vaste analyse globale des sujets concernant les survivants doit être entreprise. Et cela doit être réalisé bien avant qu’ils ne nous quittent.

 

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Par Manfred Gerstenfeld

 

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[1] www.nytimes.com/2000/01/17/us/the-second-generation-reflects-on-the-holocaust.html

[2] www.reuters.com/article/us-usa-canada-pena-nieto-idUSKCN0ZF2JD

[3] www.independent.co.uk/news/world/middle-east/erdogan-turkish-president-israel-hitler-more-barbarous-gaza-interview-palestinians-decide-holocaust-a7431311.html

[4] www.telegraph.co.uk/news/2017/03/11/erdogan-calls-dutch-fascists-row-turkey-netherlands-escalates/

[5] www.theatlantic.com/news/archive/2017/03/turkey-erdogan-nazis/519528/

[6] www.ushmm.org/wlc/en/article.php?ModuleId=10007941

[7] Personal communication Rafael Medoff

[8] Françoise S. Ouzan and Manfred Gerstenfeld (ed), Postwar Jewish Displacement and Rebirth 1945-1947, (Leiden/Boston: Brill, 2014), 112-136.

[9] www.bbc.com/news/world-europe-30351196

[10] Diane L. Wolf, Beyond Anne Fank, Hidden Children and Postwar Families in Holland, (Berkeley: University of California Press, 2007), 336.

[11] www.socialworktoday.com/archive/012113p8.shtml

[12] https://yadvashem.org/yv/en/education/languages/dutch/pdf/kellermann.pdf

[13] www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24029109

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